Fêtes de Noël et Théophanie
La naissance de Jésus
Lumineuse était la fête passée,
Plein de gloire est le jour s'approchant en l'une les Mages ont adoré le Sauveur,
en l'autre un serviteur choisi baptise le Seigneur
là,,des bergers passant la nuit dans les champs ont vu et admiré l'unique Fils
qu'ici le Père proclame de sa voix." (1)
A Noël le Verbe apparaît dans la nuit de l'humanité, seul et silencieux. Un petit nombre d'élus participe à sa naissance : ses parents, quelques bergers, les mages, les anges. Ils sont témoins et observateurs du mystère de sa nativité, mais sans connaître la véritable nature de l'enfant, en effet, ils ne peuvent deviner toute la portée de cet événement. Par le baptême au Jourdain le Verbe se fait connaître de tous pour commencer publiquement son ministère, l'accomplissement du plan du salut. Il est ainsi c6nfirmé par la voix du Père et la lumière de l'Esprit qui descend sur lui sous la forme d'une colombe. Ces deux événements, séparés de trente ans dans la vie de Jésus, ne forment dans la vie liturgique qu'un temps festif, marqué dans les Eglises byzantines par la suspension du jeûne et des métanies (prostrations).
Jusqu'à la fin du IVème siècle, la nativité du Seigneur, l'adoration par les bergers et les mages, le baptême au Jourdain, et même les noces de Cana, noces mystiques de l'Epoux et de l'Eglise, étaient célébrées dans une fête grandiose qui recapi.tulait l'essentiel de ces événements : l'Epiphanie, l'apparition de Dieu parmi les hommes. En Egypte et en Cappadoce cette fête était célébrée le 6 janvier, le jour du solstice du Soleil Invaincu des paiens. Au V e siècle les deux célébrations furent séparées : on célébra la Nativité le 25 Décembre (nouvelle date du solstice après correction du calendrier) et le baptême resta le 6 Janvier.,
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En Occident pour l'essentiel il en va de même, cependant la Fête de l'Epiphanie tend à devenir surtout la fête de l'adoration des mages - les autres événements sont quelque peu estompés.. Dans l'Eglise byzantine l'accent est mis sur le baptême du Christ mais. en l'éclairant par les deux autres événements : l'adoration des mages et les noces de Cana. En ce sens la Fête de l'Epiphanie:.:revêt..un-caractère sacramentel qui en fait une fête plus importante encore que Noël. De plus il est à noter que le terme Epiphanie - qui a des résonnances païennes (manifestation) - est remplacé pa celui de Théophanie (Apparition de Dieu) qui a une résonnance biblique.(2
Dans les offices de la théophanie qui ont la même structure que celle de la Nativité, se manifeste toute la richesse dogmatique du Baptême au Jourdain. Le. contenu de. ce mystère se _développe peu à peu pendant la période de l'avant-fête.. Ainsi apparaissent les deux idées-clés de la Fête la manifestation de.la Sainte Trinité et la sanctification de l'Univers. Sur ce fond, la prédication d.e.Jean-Baptiste prend un relief particulier la pénitence devient une préparation à recevoir la sanctification et l'illumination du Verbe. Jean
"s'écria dans l'angoisse qui le prit .
Je n'ose toucher, 0 Verbe, ton chef ; toi-même, Seigneur compatissant, puissek-tu me sanctif m'illuminer ; du monde, Seia eur, tu es en effet la vie, la lumiè et la paix". (Stichères t. S de tierce).
Pendant les vêpres de la Fête, douze lectures de l'Ancien Testamer présentent les prophéties qui trouvent dans le Baptême leur accomplissemen Leur thème est l'eau, à laquelle ie Seigneur depuis la Création a daigné attacher 'une force sanctificatrice, pour préparer l'économie du baptême. Les vêpres sont suivies par la bénédiction de l'eau. En Egypte au IV e
siècle, les chrétiens se dirigeaient en procession vers les rives du Nil pour consacrer au vrai Dieu cet élément qui était jadis consacré aux divinités païennes. (3) En Russie également, on préparait et décorait un lieu situé au bord d'une rivière ou d'un lac. Comme la fête se passait en plein hiver, il fallait découper la glace pour atteindre,l'eau vive. Là, le prêtre entouré du peuple récitait les prières de bénédiction des eaux, dont l'auteur est Saint Sophrone, Patriarche de Constantinople. Dans cette bénédiction apparaît la dimension cosmique de la Fête : en descendant dans les flots du Jourdain le Christ sanctifie les eaux et tout l'univers. les arrache au pouvoir des puissances ténébreuses et leur donne leur dignité originelle : celle d'être les instruments de sa grâce.
(1) Vêpres de l'Avant-fête de 'Epiphan.e dans Menée de Janvier,
Trad, P. Denis Guillaume, Diaconie Apostolique, Rome, 1981, p, 30.
2) Cf. C. Andronikof : Le Sens des Fêtes, Ed. CERF, Paris 1970, p. 178
(3) René-Georges Coquin : Les origines de I'Epiphanie en Egypte dans Lex Orandi N° 40 s Noël, Epiphanie, Retour du Christ, Ed. CERF, Paris 1967.
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LES SOURCES DE L'ICONOGRAPHIE DU BAPTÊME DU CHRIST
.La Sainte Ecriture
Quand on. pense que le Baptême du Christ était la grande Fête des premiers siècles et que sa doctrine...théologique a inspiré de nombreuses oeuvres du temps, on est surpris de constater_ combien la source principale est petite : les récits des synoptiques du Nouveau. Testament se réduisent
â quelques versets.-pour décrire l'événement même (Mt. 3, 13-17 ; Mc.1, 9-1.1; Lc. 4,21-22). Sa préparation, la prédication de Jean-Baptiste aux foules, venues de toute la Palestine, prend une place bien plus importante. Il s'agit lâ d'un mouvement de masse qui attire même l'élite spirituelle d'Israël, les Pharisiens. Jean prononce contre eux des paroles d'une rare violence, que nous lisons chez Saint Mathieu, Et au milieu de cette agitation et de ces foules ferventes, en quelques instants, l'événement semble se passer en deux actes : le Baptême:du Christ et la.manifestation de la Sainte Trinité,. Des événements d'une telle densité , le langage humain ne peut les suggérer que par quelques mots déficients. L'iconographie reflète cette pauvreté du langage humain, Dès les premières images elle est limitée dans la représentation de.cet instant, et le spectateur devra avoir présent à l'esprit l'histoire du salut pour saisir le sens des personnages, gestes et détails qui sont devenus des symboles riches de signification,
Les Pères grecs et la liturgie
Pour comprendre la richesse théologique de. cet événement dans la simplicité de la scène représentée il convient de se tourner vers d'autres sources d'inspiration. La liturgie est une deuxième source, mais les offices de la fête. ne sont eux-mêmes que le résumé d'une.riche littérature théologique antérieure. Ainsi les auteurs de certaines prières des offices, Saint Jean Damascène, Sophrone Patriarche de Jérusalem (mort en 638) et Léon le Byzantin (probablement du VII e siècle) connaissaient bien l'hymnographie syriaque et purent se servir d'une tradition qui remonte au II e siècle,
En effet, les écrits de Justin,le Martyr (mort.vers l65) (4) expliquent déjà, dans une controverse avec le paganisme, que le Christ ne doit pas se soumettre au baptême de pénitence de Jean-Baptiste, car il est le Messie et Fils de Dieu attesté par la voix du. Père, D'autres détails viennent de la traduction des apocryphes. Ainsi, le Syrien Tatien, disciple de Justin, parle d'un feu qui surgit du Jourdain quand Jésus descend dans les flots. Epiphane de Salamis écrit aussi que le lieu était inondé d'une grande lumière, (5)
(4) PG 6 col® 685,
(5) PG 41 col. 429,
A partir du IV e siècle, dans les sermons hymnes. et textes liturgiques, le thème., du baptême.du.Christ trouve son..unité..et l'interprétation de certains él.éments. leur approfondissement,. L'effusion de la lumière, l'apparition:des anges, les eaux. du Jourdain effrayées qui inversent leur courant et l'anéantissement des démons en sont les plus importants. La pensée imagée. des auteurs grecs et syriaques, inspirée de l'Ancien Testament et surtout. des psaumes 74, 77, 114, transforme ces éléments en allégories.
Du V e au IX e siècle ces idées entrent dans. les .textes liturgiques des différentes Eglises d'Orient.. Parmi les plus importants il faut citer pour la Syrie le symbole de_Jacob Baradas et la liturgie de Sévère ; pour les Nestoriens la liturgie du baptême ; pour la liturgie byzantine les textes des offices, composés par les évêques Proklos de Constantinople, Eusèbe d'Alexandrie, Cosmas, et le Patriarche Sophronios de Jérusalem. Ajoutons encore certains hymnes qui sont attribués à André de Crête, à Joseph de Sicile et au moine Théophane de Constantinople. Cette liste d'auteurs (non exhaustive) montre déjà que la fête du baptême du Seigneur avait pour les Eglises d'Orient une grande importance. Et c'est grâce à la réflexion et à la prière de générations de fidèles que la liturgie donne à un récit biblique de quelques lignes des dimensions immenses.
L'EVOLUTION DE L'ICONOGRAPHIE
La célébration de l'Epiphanie et les sources littéraires de sa liturgie ont leur origine en Orient, mais les premières représentations figuratives de cette fête proviennent de l'Occident. Des bas-reliefs sur des sarcophages et des ivoires ainsi que des fresques dans les catacombes, représentent ce thème de l'art de cette époque. Le style est dépouillé et simple, car au-delà de l'événement représenté, ces figures ont surtout un sens symbolique,. Dans cet esprit, la scène du Baptême du Christ n'est pas d'abord l'image d'un événement historique, mais le symbole du baptême dans l'Eglise, le prototype du baptême.
Au IV e siècle, la scène a déjà trouvé sa forme définitive : Jean-Baptiste, vêtu d'un. manteau de philosophe pour exprimer sa dignité de prophète, se penche vers Jésus et lui impose la main. Celui-ci apparaît comme un jeune garçon entièrement nu, il se tient debout dans les eaux. Au-dessus de ce groupe descend la colombe du Saint-Esprit. (La première de ces compositions date de l'an 270),
A cette époque ce schéma de la composition est complété par des éléments qui rappellent la prédication de Jean-Baptiste : d'un côté l'arbre desséché, de l'autre celui qui porte du fruit ; la cognée se trouve à la racine de l'arbre. On remarque aussi le geste de Jean-Baptiste, la main levée, les doigts écartés, ce qui signifie qu'il se soumet à l'ordre deJésus de le baptiser. (6)
Ce geste se retrouve sur les icônes de l'époque postbyzantïne,,
La représentation du Jourdain est un autre élément caractéristique les eaux descendent depuis le haut de.la cêne et forment une "coulisse" devant laquelle la scène est composée autour d'un axe vertical : la main du Père, la colombe, de l'Esprit et le Fils dans les eaux. Tel est le schéma que nous trouvons sur des sarcophages en Occident.
En Orient, les représentations du Baptême qui nous sont parvenues restent rares .du fait des destructions causées par l'iconoclasme au VIII e et IX e siècles, Parmi elles, les-mosaïques qui décorent deux baptistères
à Ravenne (7).(V e siècle) ont une autre particularité : la personnification du Jourdain. Celui-ci apparaît comme un homme âgé,. avec barbe et longs cheveux, de même taille que les autres. personnages. Tenant une cruche, il verse de l'eau ...C'est le service qu' il rend dans_la sanctification de l'univers : il fait couler ses flots. Le soleil et la lune sont eux aussi personnifiés pour représenter l`univers.
L'effroi de Jean qui doit baptiser le Christ ou la peur de la créature au contact avec son créateur se trouvent amplifiés dans les textes de la liturgie. Ils se communiquent à tous les êtres qui participent à cet événement. Le Jourdain lui aussi est "pris de peur" :_il recule, tourbillonne. Les personnages du Jourdain et de la mer, qui deviennent tout petits aux pieds du Fils de Dieu, montrent eux aussi des, signes d'effroi : ils ne peuvent pas retenir l'eau-dans leurs vases, ils tombent et lèvent les mains pour se protéger contre celui qui est plus fort que les éléments. Après le VII e siècle, ce thème se transforme : l'eau, jadis dominée par les forces des ténèbreset par les divinités païennes, est maintenant soumise au pouvoir du vrai Dieu, tandis que le démon, à moitié caché sous les rochers du rivage, est vaincu et écrasé.
Au V e siècle, le Christ a l'aspect d'un homme adulte dans la force de l'âge et son visage rappelle celui du Pantocrator. Parfois il a les reins couverts d'un linge, ou bien il est -immergé dans-les eaux jusqu'à la taille°
En face de Jean, sur l'autre rive du Jourdain, les icônes byzantines montrent des anges, témoins silencieux qui vénèfént le Fils de Dieu, ils sont représentés la tête inclinée et les mains voilées, geste de respect
chez les byzantins. Témoins de la Nativité et serviteurs après la Tentation, ils indiquent ici que cet événement trouve sa pleine signification dans la sphère céleste.
(6) Günther Rïstow : Die Taufe Christ!., Ed, Bongers, Recklinghausen 1965, p. 15.
(7) Baptistère des Orthodoxes, Ravenne., vers 450. Baptistère des Ariens, Ravenne , vers 500.
L'ICONE DU BAPTEME DU CHRIST
L'Ïcône du Baptème du Christ donne l'interprétation théologique de l'événement biblique. Déjà. au IVe siècle elle a trouvé sa forme définitive et depuis le XIIe siècle elle présente des détails qui font comprendre lé profondeur du mystère révélé. Pour le saisir il faut lire l'icône à la lumière des textes liturgiques et patrologiques. Ils aident à découvrir derrière la scène historique un deuxième plan, dogmatique, celui de la réalité divine. Celle-ci se manifeste dans la partie centrale. La leçon est en( accentuée par la simplicité de la composition.
Le Baptême - accomplissement de la Loi
.
La scène représente le moment précis du baptême. Jean s'incline vers Jésus et impose la main, Dans le geste de Jean s'exprime tout ce qui s'c passé quelques instants auparavant : il fut saisi de crainte quand il rec nut Jésus. " C'est moi disait-il qui ai besoin d'être baptisé par toi." (Mt.3, 13). La créature se trouve en face du "Seul sans péché", de "cela qui ôte le péché du monde" (Jn. 1, 29).
Pour préparer le peuple à la venue du Messie, Jean avait repris ui rite de purification qui est celui de la religion naturelle (le bain sacré mais qui faisait partie des pratiques de certains groupements religieux en Israël, comme les Esséniens, Les foules qui venaient au Jourdain comprei naient ce rite comme un "baptême de conversion, en vue de pardon des pécl (Lc, 3, 3). Jean, auquel "1a parole de Dieu fut adressée "(Lc. 3, 2) lui fait comprendre que ce geste exige la_ conversion des coeurs, une vie dan justice (Lc £ 3, 10-14) et l'abandon de l'orgueil et des privilèges (Lc.3 Il menace les foules du jugement de Dieu : -"Qui vous a montré le moyen chapper à la colère qui vient ?... _la hache est à la racine des arbres tout arbre donc qui ne produit pas le bon fruit va être coupé et jeté au feu"(Lc. 3, 7-9) .
Mais quand ce prophète se trouve en face du Messie, il saisit l'i gnité de l'homme
"A la voix dans le désert
Préparez les voies du Seigneur,
tu vins, 6 Christ, prenant l'aspect du serviteur, demander le baptême, toi, le seul sans péché. Les eaux te virent et prirent peur ;
le Précurseur, saisi d'effroi, s'écria
Est°-ce au chandelier d'illuminer la Clarté ? Sanctifie-moi en même temps que les eaux, Sauveur qui du monde effaces le péché."(8)
(8) Idiomèles de Sophonie de la bénédiction de l'eau. Ménée, p. 132.
Jésus lui répliqua : "Laisse faire maintenant : c'est ainsi qu'il nous ivient d"accomplir toute justice" (Mt. 4, 14-15)® Ainsi Jean se soumet à :l'ordre du Messie et accomplit le rite du baptême. L'icône le montre tout bouleversé exécutant cet ordre. Il s'incline profondément exprimant la soumision totale du serviteur, la main gauche élevée vers le ciel comme pour :attester cet acte incompréhensible pour une.créature, l'autre main tendue nme si elle n'.osait pas toucher la tête du Fils de Dieu.
En face de Jean se tient celui qui doit "accomplir toute justice". La cêne le montre nu dans les eaux, il s'est dépouillé de sa dignité divine, ir être frère de ceux qui demandent la rémission des péchés. Il s'est soumis à ce baptême de pénitence, car. il n'est pas homme en apparence, mais en réalité. De la naissance à la résurrection, il assume aussi tout le péché de homme, et ainsi il se soumet à la Loi. Plus tard, il dira : "N'allez pas offre que je sois venu abroger la Loi, mais l'accomplir" (Mt. 5, 17)
.
"Voulant sauver l'homme égaré,
tu n'as pas dédaigné de revêtir l'aspect du serviteur,
car ii te convenait, Seigneur notre Dieu, d'assumer pour nous l'humaine condition ; Rédempteur, en te laissant baptiser dans ta chair, tu nous as jugés dignes du pardon
C'est pourquoi nous te crions :
Christ notre Dieu et Bienfaiteur, gloire à toi."(9)
Ainsi le baptême au Jourdain n'est pas seulement un geste d'infinie condescendance, mais un acte qui inaugure une réalité nouvelle : Le Fils devïent le Messie qui par sa soumission à la Loi affranchit tous les hommes.
commence sa vie publique par cette soumission à la Loi qui trouvera son :hèvement dans le don de sa vie sur la croix, "pour notre salut et pour tous ^s hommes". Ainsi dans la mort 'du Fils. de Dieu, préfigurée par l'immersion dans les flots du Jourdain, le baptême trouve la plénitude de son sens, il vient sacrement,
Manifestation de la Sainte Trinité
.
Ce caractère sacramentel, est porteur de la révélation du Mystère tri-.taire. Il suffit de contempler l'icêne pour s'en convaincre.
Au centre de la composition,_sur la ligne verticale, des rayons de imière descendent vers le Christ qui se tient dans les eaux. Ils prennent °ur origine dans une demi-sphère, en trois cercles concentriques d'un ton .eu-vert, symbole de la Divinité en trois personnes. Souvent apparaît dans :tte sphère la main bénissante du Père : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé..." Cette main sera-pour les icônes. des martyrs un attribut nécessaire, car dans le Fils sont bénis tous les hommes, et. grâce à cette bénédiction les martyrs °ouvent la force de donner leur vie, comme leur maître.
(9) Lucernaire, vêpres de la Sainte Théophanie. Ménée p. 123
Dans l'auréole se tient l'Esprit, la colombe lumineuse que Jean aperçut, le lien d'amour personnifié entre le Père et le Fils. A partir de cette auréole, la lumière se sépare en trois rayons pour signifier que toute action de Dieu est l'oeuvre des trois Personnes Divines. Ainsi ce que l'icône exprime est bien ce que chante le tropaire de la fête
"Dans le Jourdain lorsque, Seigneur, tu fus baptisé,
à l'univers fut révélée la.sainte Trinité ; en ta faveur,. se fi.t..entendre. la voix du. Père te désignant comme son Fils bien-aimé et l'Esprit sous forme de colombe confirma la vérité du témoignage. Christ notre Dieu qui t'es manifesté, illuminateur du monde, gloire à toi."(10)
Jamais l'Absolu ne s'était dévoilé comme une nature divine existante en trois personnes. C'est ici au Jourdain, pendant la baptême du Christ, que Dieu révèle le mystère de son être pour la première-fois. C'est la seule manifestation du Dieu Trinitaire dans les Ecritures. Ainsi, dans la lumière de cet instant, les visions et les prophéties deviennent compréhensibles.
De même la.vraie nature du Fils apparaît, comme saint Jean Damascène l'a exprimée dans le langage précis des premiers. conciles : il est "homoousios", consubstantiel, de la même nature que le Père. Mais il est aussi
de la race des hommes, il a pris la chair humaine et est devenu mortel à cause de son être même qui est amour. Et cet amour veut s'étendre à tous ceux qui sont ses frères. Ainsi le Fils du Père apparaît nu dans les eaux, car il est entièrement homme.
"La stupeur a saisi ceux qui virent le Créateur de la terre et des cieux
se dévêtir pour recevoir dans le fleuve le baptême de la main d'un serviteur afin d'opérer notre salut
en agissant comme celui qui sert
de crainte et d'allégresse dans le_ciel les Anges furent saisis, tous en choeur. Avec eux nous nous prosternons devant toi sauve-nous, Seigneur notre Dieu." (11)
Le corps du. Fils explique pourquoi Dieu dévoile le mystère de sa natu-
re : dans cette nudite du corps humain nous comprenons que le Fils s'est dé-pouillé de toute sa dignité, il est devenu homme pour sauver ses frères. Ainsi la "Théophanie" ne peut pas être séparée de la rédemption.
(10) Tropaire de la Sainte Théophanie. Ménée, p. 139.
(11) Stichères de None® Ménée, p. 115.
Rédemption et Théophanie ne font qu'une seule manifestat~ L'émotion et la joie devant ce mystère reviennent tout au long de cette fête
"Lorsque vint jusqu' â lui.
le Seigneur de gloire, le Précurseur
à cette vue s'écria :
Voici venu le Sauveur
qui tire le monde de la corruption,
voici qu'il nous délivre de l'affliction
celui qui nous accorde la rémission_de nos péchés voici que par amour il est venu,
sur terre naissant d'une Vierge immaculée
et, d'esclaves que nous étions,
il fait de nous des fils de Dieu
des ténèbres il fait sortir le genre humain afin de l'illuminer
par l'eau de son Baptême divin
Venez d'un même choeur
glorifions-le avec le Père et l'Esprit Saint". (12)
:
Selon l'événgile de saint Jean, le Baptême dans li envore un autre sens, il devient fête de la lumière. "Le vraie lumière qui éclaire tout homme" (Jn. 1, 9). Ceux l'ombre de la mort" découvrent celui qui est "la lumière lumière éclaire la nuit de notre intelligence et libère i pesanteur de la matière. "Autrefois, en effet, vous éti~ tenant vous êtes lumière dans le Seigneur" (Eph. 5, 8-9)
La sanctification de l'univers
Le mystère trinitaire ne concerne pas seulement 1 il éclaire notre propre réalité et d'abord celle de notr à l'instant où dans un éclair, apparaissent la vraie na mystère de son amour, toute la création est prise de joi joie, car les êtresse sentent touchés dans leur corps p d'effroi, car ils saisissent leur indignité et leurs lis des ténèbres.
"Les eaux te virent, Seigneur,
les eaux te virent et prirent peur vers ta gloire en effet
les Chérubins, les Séraphins n'osent porter leurs regards, mais dans la crainte te servant,
les uns te portent, les autres glorifient
ta puissance, Seigneur ,;
avec eux nous proclamons ta louange, en disant Dieu qui te manifestes, aïe pitié de nous." (13
(12) Stichères de ':° None. Ménée, p. 115.
(13) Apostiche de la bénédiction des eaux. Ménée,
Jean Baptiste et les anges s'inclinent tremblant devant leur maître, et les eaux sont détournées de leur cours naturel.
"La main du Baptiste trembla
lorsqu'il toucha ta téte immaculée.;
le fleuve du Jourdain rebroussa son. chemin, car il n'osait pas te servir ;
si Josué, fils de Noun,.lui avait jadis inspiré du respect,
comment son propre Créateur
ne lui aurait-il inspiré`l'effroi ? Mais tu accomplis tout le plan du salut pour sauver le monde, Seigneur,
par ton Epiphanie, seul Ami des hommes." (14)
Le thème des eaux revient maintes fois tout au long de l'office. Au début de la création, elles contiennent la matière chaotique de laquelle fut formé l'univers. Dans sa solitude, Dieu les survole pour en faire le "Cosmos" l'harmonie de sa création. Depuis la chute de l'homme, leur rôle devient ambigu : elles donnent la fertilité et .la vie, mais elles peuvent aussi causer la mort par leur force incontrôlée et elles peuvent devenir déluge. Ainsi pour les religions païennes elles sont souvent lieux des divinités menaçantes.
La nouvelle création commence. au moment même où la Sainte Trinité se manifeste aux hommes pour réaliser leur_ rédemption. Dieu se tourne de nouveau vers cet élément, il le touche par le corps divin du Verbe comme pour le purifier et en faire l'instrument du salut
.
"Il attire à lui la nature créée par Dieu
mais enfouie dans.les entrailles du Tyran
il la fait renaître en reformant. le genre humain, le Seigneur accomplissant son oeuvre -puissamment, car il est venu pour la sauver." (15)
L'icône exprime cette idée en présentant les eaux en tourbillons et par les allégories de la mer et du Jourdain. Les eaux se détournent et montrent leur peur, ou elles se soumettent au service du Fils de Dieu. Quelquefois on voit un dragon s'enfuir sous les rochers du rivage : la sanctification de l'univers commence par la victoire du Christ sur l.es forces des ténèbres. Sur.d'autres icônes on peut déjà voir un symbole du baptême des chrétiens : dans les.eaux des poissons se retournent vers le Fils de Dieu, comme s'ils représentaient les baptisés. En effet, ils ont reçu par le sacrement la ressemblance avec celui qui est représenté dans les catacombes par le symbole du poisson.
Notre regard revient au Christ le centre de toute la composition, point focal aussi des vérités exprimées dans cette icône. "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance" (Mt. 3, 17 ; Mc.l, 11)
(14) Lit e de la bénédiction de l'eau. Ménée, p. 140.
(15) Ode 3 des Matines. Ménée, PP. 144, 145.
Cette, parole solennelle du. Père _n'est pas seulement u de sa faveur,. mais exprime sa volonté de donner à l'humanité Ainsi faut-il mieux lire let te grec : "en qui"3'ai mis mo veillant". (16) Le dessein bienveillant est la volonté de nité d'introduire les hommes dans sa paternité®
"Nous avons Jésus-Christ élus en Lui dès avant la fondation du monde " ( Et même après la rupture_ des origines., Dieu ne peut_pas se r Dieu est Amour, et_la Bonté ne peut pas se résigner au mal. doit épouser une humanité devenue ténèbres, il doit se subst doit devenir "L'Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde".
La riehesse doctrinale de cette icône nous permet de portance de la fête de la Théophanie. Fidèle à l`enseignement de l'Ecriture et de la liturgie,l'icône de la Théophanie nous détaille tout un enseignement théologique. Elle nous montre d'abord ce qu'est la révélatiion du Christ u monde : comment. son geste d'humilité est le dévoilement de sa vraie nature - tout à.la fois divine et humaine. Mais cette première manifestation s'arrête pas au Christ : elle est nécessairement la révélation trinitaire faite pour la première fois de façon très explicite. Enfin, de la vie divine est en même temps la révélation de la vraie aux yeux de la foi,
Ainsi cette icône nous .porte..un triple enseignement c Christ, sur la Trinité et sur notre monde humain.
Egon SENDLER
Dans Plamia N ° 61
(16) cf. Jean-Miguel GARRIGUES : Dieu sans idée du mal, Ed. Critérion, Limoges, 1982, p._ 85.

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